Oublier ses clés ? Cela arrive à tout le monde. Mentir de temps à autre ? Qui ne le fait pas ?! Ne pas pouvoir rester attentif pendant qu’on nous parle malgré soi ? Il s’agit de symptômes que tout le monde peut expérimenter, mais si cela arrive de manière quotidienne, certains se retrouvent diagnostiqués TDAH (Trouble De l’Attention et de l’Hyperactivité).
Arriver à ce point de lecture, certains vont encore râler : « encore une histoire de TDAH » ; « c’est la mode du moment » ; « ce n’est pas un vrai trouble, arrêter bande de flemmards ! ». Pour ces derniers, je ne cherche pas à convaincre. Peu m’importe que vous le croyiez ou non… Cependant, pour d’autres, cette histoire leur permettront peut-être de se reconnaître et de ne pas se sentir seuls. Mon histoire.

Jusqu’à il y a quelques mois, je n’étais pas sûre d’avoir ce handicap. Après tout, notre histoire personnelle peut nous amener à agir et penser d’une manière qui n’est pas en relation avec le TDAH. Et même après avoir été diagnostiqué en février dernier, l’année de mes 30 ans, je ne pensais pas que cela affectait ma vie à un niveau trop important. Il m’aura fallu d’un voyage à l’étranger pour me rendre compte à quel point je me trompais.
Je suis actuellement à Séoul, en Corée du Sud. Pour la première partie de mon voyage, je suis seule. Cela ne me fait pas peur, la nouveauté a toujours eu un attrait particulier à mes yeux. Séoul est une ville où les gens vont et viennent, une fourmilière en constant mouvement. Cette capitale asiatique à mille et un trésor à vous offrir, ce ne sont pas les activités qui manquent. Pourtant…
Pourtant, j’ai passé les premiers jours à ne pas quitter ma chambre. Je ne savais pas où aller. Le choix était là, peut-être trop. Les possibilités étaient tellement importantes que je me suis sentie sous pression, angoissée. Alors, je retardais le moment du choix. Par la même occasion, je me haïssais de ne rien faire, de me laisser plonger dans cette léthargie. J’entendais les possibles jugements dans ma tête sur mon inaction : « tu es dans un pays étranger et tu ne sors pas ? Autant rester chez soi ! » ; « La paresse, ça se soigne ! »… Et plus je me passais ces éventuels scénarios en tête, plus je ne me sentais pas capable de sortir, à la limite de la dépression.

Je me suis alors renseignée pour aller à des événements où je rencontrerais du moment et parlerais vraiment à des personnes, pas juste le « bonjour, au revoir » avec un vendeur. J’y suis allée et passée de très bonnes soirées mais rien qui ne me sortait de ma langueur. Pour ceux qui voyagent, vous connaissez l’histoire : on échange les contacts, mais la reprise de contact en question est plus que faible. De plus, les Coréens et Coréennes rencontrés ont des jobs, des études, leurs disponibilités sont bien moindres qu’une Française en vacances. Les journées se révèlent plutôt longues.
J’ai essayé de me sortir de mon état. Je suis allée visiter Namsan Tower, célèbre attraction touristique ou pour les couples, un peu le pont des Arts de Paris avec les cadenas aux garde-fous. Décidée, malgré un peu de retard sur l’agenda que je m’étais prévu (ce n’était pas comme si quelqu’un m’attendait), me voilà dans la télécabine avec plein de visiteurs. Là-haut, la vue était magnifique mais je n’arrivais pas à le ressentir. Je ne voyais aucun intérêt car je n’avais personne avec qui le partager. Une photo ? Les réseaux sociaux ? Cela dépend des personnes, même pour les TDAHs, mais un partage de souvenir virtuel me fait sentir plus vide qu’autre chose.
J’ai commencé à réfléchir à tout cela… Cette semaine, j’ai eu d’autres soirées de prévues que j’ai fini par annuler au dernier moment. Et non, je ne suis pas timide ou introvertie. Je suis plutôt quelqu’un qui sympathise vite avec son voisin et bavarde. La longueur de mon texte prouve mon dernier point.
Un groupe de rencontre à 20h ? Pourquoi pas ? Aucun mal à y aller. Il est 10h du matin. J’ai largement le temps de faire autre chose. Je dois juste choisir où aller, me préparer et c’est parti ! Mais où aller ? Et si c’était trop loin ? Il fait tellement chaud en ce moment qu’il me faut rentrer me changer avant d’y aller. Est-ce que j’aurais le temps ? Et s’il y a un problème ? Faut-il que je prenne un t-shirt de rechange avec moi ? Et si je prenais de quoi m’occuper dans un café après une visite d’un monument pour être près de l’événement ? Mon sac va sûrement être lourd, non ? Est-ce que je ne vais pas finir par dépenser trop d’argent ? Vaudrait-il mieux que je fasse autrement ? Et si j’allais faire une visite et n’allais pas à la soirée ?

Pendant que ce flot interminable de questions embrouille mon esprit, je regarde sans le voir un épisode d’une série, non préparée, regardant l’heure défilée, mordillant mes ongles. Logiquement, je sais que j’ai le temps ou la possibilité de me préparer pour tout faire. Émotionnellement, je suis incapable de bouger.
Je voyagerais avec quelqu’un, je prendrais les choses en main sans problème, je serais la personne qui rassure et assure que tout ira bien et que l’on a le temps de faire ce que l’on a dit. Seule, c’est comme si je portais le monde sur mes épaules que je prenne ou non une décision. Une amie me parlerait de ce problème, je lui dirais que ce n’est pas grave, que ça va aller. Seule, je me critique de paresseuse, de flemmarde, me demandant à moi-même pourquoi je ne bouge pas. Tu es en Corée du Sud, merde ! Fais quelque chose ! Mais non.
Ces dernières années, il ne s’est pratiquement pas passé un seul instant où j’ai vécu seule. À presque 30 ans, on pourrait en rire. Parce que je ne suis pas toute seule, je vis de manière un peu près équilibrée. Je mange trois repas par jour, sors avec des amis, discute avec ma famille, vais au travail.
Ici, c’est presque un miracle si je mange un vrai repas par jour. Le choix des possibilités me submerge que je ne sais que choisir. J’arrive à me convaincre que ce n’est pas grave si je loupe un repas ou deux. Mais je m’ennuie, et je réfléchis. Je me rends compte que malgré une logique sans faille, je n’arrive pas à prendre soin de moi. Et cela me terrifie. Parfois, je me déteste pour ça.
Les TDAHs ont un symptôme assez répandu : ils ne savent pas prendre de soin d’eux même sauf si c’est pour le bien être d’un tiers. C’est-à-dire, à moins d’avoir à s’occuper d’une tierce personne, les personnes atteintes de ce trouble auront beaucoup de difficultés à prendre soin d’eux-mêmes. La plupart de nos actions sont dans l’optique de pouvoir être une aide pour l’autre. Comme tout le monde, nous aimons avoir nos moments de solitude, néanmoins, nous ne pouvons vivre juste pour nous. Nous pourrions devenir autodestructeurs : trop dépenser, ne pas manger correctement, s’isoler, ne pas respecter un (voire plusieurs) cycle de sommeil…

Savoir que l’on ne peut pas vivre sans quelqu’un est une réalité très dure à accepter. Nous ne rentrons pas dans la norme de pouvoir vivre de manière indépendante, réussir sa vie sans l’aide de personnes, agir de manière saine pour soi… Dans notre société actuelle, certains nous considèrent comme des perdants, des paresseux qui ne savent pas faire ce qu’il faut pour s’en sortir.
Il y a une diversité de symptômes qui contrôle notre vie en tant que TDAH, je n’ai cité ici qu’une infime partie. Certains pensent que nous ne faisons que trouver des excuses à notre comportement. Il ne s’agit pas d’un handicap physique, visible, donc pour la plupart, cela n’existe pas.
Pour ceux qui sont dans cette situation, n’ayez pas peur. D’autres personnes comme vous existent. Des personnes comme moi qui seraient ravies de vous écouter ou de vous aider comme ils le peuvent.
N’ayons pas peur d’être ce que nous sommes !